Les sans papiers appellent à revoir la politique migratoire

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Au camp de migrants du parc Maximilien, un coin est désormais occupé par les sans-papiers de Belgique. Ils sont présents pour soutenir les demandeurs d’asiles mais surtout, pour interpeller l’opinion publique et le fédéral sur leur situation.

Pas les émigrés, pas les sans-papiers, c’est la loi qu’il faut changer » scandent depuis plusieurs jours les sans-papiers devant l’Office des étrangers. Ils ont raison de mettre en avant le fait que c’est un problème de politique et pas d’administration, ce que l’Office avait déjà tenu à préciser. La situation relève du bureau de Théo Francken, secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, devant lequel les sans-papiers manifestent tous les lundis depuis une année. Pourquoi alors une présence au camp ?

« Les réfugiés d’aujourd’hui sont les sans-papiers de demain », martèle Mohamed Boumediene, premier représentant des sans-papiers de Belgique. Pour lui, la situation est alarmante. Revoir la politique migratoire et les critères d’attribution des titres de séjour est urgent, d’autant que les différentes rencontres durant l’année avec Freddy Roosemont, directeur général de l’office des étrangers et avec Théo Francken, n’ont pas fait avancer le dossier.
« Nous sommes meurtris »

Sans-papiers et migrants, même combat ? Pour M. Boumediene, c’est aux autorités de juger la priorité de chacun dans le traitement des dossiers. « D’un côté, il est plus facile de régulariser les sans-papiers. Ils sont présents ici depuis longtemps, parlent la langue et disposent d’un logement et d’un travail. De l’autre, fuir la guerre et l’insécurité relève de l’humanitaire » , explique-t-il, en rappelant leurs engagements à la société civile et aux partis politiques solidaires des sans-papiers.

Si la coordination des sans-papiers de Belgique est présente au camp, c’est parce que« nous sommes meurtris, affligés par la douleur des migrants. C’est une situation par laquelle certains d’entre nous sont passés. La cause des migrants est la nôtre aussi. C’est également pour obliger le gouvernement belge à assurer un accueil digne à ces personnes », indique Serge Guy Alain Bagamboula, porte-parole de la coordination. « D’un autre côté, nous sommes ici au camp pour rappeler qu’à côté de cette crise subsiste une autre, celle des sans-papiers, environ 150.000. Ils vivent et travaillent en Belgique, contribuent au fonctionnement de son économie, se font même exploiter, et risquent l’expulsion à tout moment », souligne M. Bagamboula. Il accuse les autorités de profiter de la situation des sans-papiers et d’encourager l’informel, une manière de « tirer les travailleurs vers le bas », selon lui.«  Il n’y a pas de plan B, pas de solution autre que la régularisation » , ajoute-t-il.
Marquer leur présence

Au camp du parc Maximilien, les sans-papiers disposent d’une tente maquillée de banderoles et de pancartes portant leurs revendications. Difficile de ne pas y voir une manière de marquer leur présence. Se sentent-ils « menacés » par l’arrivée massive de migrants ? « Négatif , répond leur porte-parole. La situation est la même. Les gens ne viennent pas ici par hasard. Le gouvernement veut différencier migrant économique, réfugié, travailleur… dans tous les cas se sont des réalités qui ont fait que ces personnes se déplacent », souligne M. Bagamboula.

Et de regretter : « Stigmatiser le travailleur étranger, en faire un bouc émissaire, nous faire traiter par un ministre de “fuite d’eau”, est une fuite en avant du gouvernement face à ses responsabilités. Un refus d’assumer ses échecs. Il est facile de bombarder et d’armer les pays du sud et de regretter une “fuite d’eau” par la suite. Aller chercher un mieux-être ailleurs est permis. Les politiques belges doivent comprendre que ça n’arrive pas qu’aux autres » conclut-il.
« Il ne faut pas nous oublier »

Chercher une vie meilleure était le but de Karim, 29 ans, marocain. Sur le sol belge depuis huit ans, il se retrouve sans-papiers. Il dénonce une faille dans le système de régularisation de 2009. L’obtention d’un titre séjour d’une durée limitée était conditionnée par l’obtention d’un contrat de travail régulier. Au-delà d’une période de travail de cinq ans, le travailleur étranger a droit à un titre de séjour permanent.« Il suffit d’un licenciement ou de la faillite du patron entraînant la perte du travail pour perdre par la même occasion son titre de séjour et tout recommencer » , dénonce-t-il, en soulignant sa crainte de voir la régularisation des sans-papiers ralentie par l’arrivée des migrants. « Nous sommes là depuis plus longtemps, nous sommes intégrés. Nous ne sommes pas contre leur régularisation mais il ne faut pas nous oublier », souligne-t-il.

Pour Mohamed, 32 ans, régularisé en 2009 également, la présence des migrants ne gêne pas. « Notre mobilisation est importante depuis un an. La situation était déjà compliquée avant et elle le sera pour les nouveaux arrivants aussi tant que les critères d‘obtention et de renouvellement des titres de séjours ne sont pas revus » , estime-t-il. Un avis que ne partage pas Ahmed, 33 ans, présent en Belgique depuis 15 ans. Il refuse le statut de réfugiés de ceux qui sont passés par la Turquie. « Ils n’ont pas fui la guerre. La Turquie est stable. S’ils sont venus chercher une vie meilleure, c’est notre cas aussi. Sauf que nous sommes ici depuis plus longtemps », dit-il.

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